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CARTAS DE ARRUDA FURTADO E DE EDMOND PERRIER
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Ile St. Michel (Açores) [le] 18 février 1882 Il y a quelques ans que je me suis attaché autant que mes forces me le permettent, à étudier Ia faune des Açores et à Ia faire connaître dans toutes ses détails à des naturalistes qui ont bien voulu accueillir le résultat de mes excursions. M. Eugène Simon étudie avec le plus vif intérêt les araignées, M. Sédillot les coléoptères et hémiptères. Pour ma part, je cherche à jeter quelque lumière sur l' origine des espèces malacologiques, en disséquant et en comparant leur anatomie interne avec les espèces continentales. J'ai eu l'honneur de publier déjà dans les Ann. & Mag. of nat. hist. [Annals & Magazine of Natural History] (mars 1881) un travail de ce genre sur Ia remarquable Viquesnelia atlantica, mollusque dont on ne connaît de représentants du genre que dans l'Inde et l'ile que j'habite et dont Ia coquille seule et l' anatomie exteme étaient décrites avant mon étude. Dans le cours de mes recherches, les excellents articles sur le transformisme que vous avez publiés dans Ia Rev. scient. [Revue scientifique] ont produit en moi les sentiments du respect le plus profond pour votre savoir, et tout demièrement le Traité de Zoologie de Claus et le résumé d'un livre de M. Darwin sur les vers de terre publié dans Ia même Revue, m'ont appris que vous avez fait des études de Ia plus haute importance sur ces animaux. Le travail de M. Darwin m' a aussi appris que Ia distribution géogr. [géographique] des vers était un des problèmes qui nous rendent perplexes, et les pauvres lombrics que je foulais aux pieds dans mes excursions malacologiques sont devenues pour moi des objets vraiment intéréssants et son étude une des lacunes dans Ia faune açoréenne que je dois tâcher de faire combler, en m'addressant respectueusement au naturaliste qui a le plus spécialement étudié le sujet. Dans les faits qui touchent à ces questions si délicates / [87] des transformations organiques accomplies dans les îles océaniques, il serait une erreur que de s'addresser à des naturalistes qui n'ont point traité le sujet en maîtres et étudié la nature à Ia lumière philosophique de Ia théorie de Ia descendance. C'est pourquoi, Monsieur, j'ose vous proposer de vous faire l'envoi d'un certain nombre de vers de terre açoréens. Dans l'espoir d'une réponse favorable, je vous prie d'agréer l'expression de mon respect et de ma reconnaissance la plus profonde. |
Paris le 2 mars 1881 [1882] Les vers de terre voyagent facilement, j'en ai reçu de la Plate, d'Egypte, de Saïgon, du Brésil dans de la terre humide mêlée de mousse; ils arrivaient parfaitement vivants; vous pourriez essayer ce mode d'envoi. Nous recevrons d'ailleurs avec reconnaissance tous les Mollusques, Annélides ou Zoophytes que vous pourriez nous envoyer des Açores et je serais heureux s'il m'était possible de reconnaitre votre obligeance en vous envoyant du muséum quelques objets que vous pourriez désirer. Agréez, je vous prie, Monsieur, avec tous mes remerciements l' expression de ma haute considération et de mon dévouement. |